Les Olympiades de la parole, un projet innovant et citoyen.
Lors de l’année scolaire 2024-2025, trois collèges REP de la métropole de Rouen ont eu la chance de travailler l’éloquence avec deux professionnels de la parole, Manon Rivier et Augustin Roy de la Compagnie les Incomestibles
Choix des collèges
Le projet a été initié par Julie Jereczek, du collège George Braques, avec qui une collaboration avec la Cie des Incomestibles existe déjà depuis plusieurs années. Tentés par une expérience aussi riche, les organisateurs ont lancé ce concours d’éloquence qui se déroule sur une année.
Pour répondre à l’appel à projet de la Métropole, qui finance une partie de cette action, il était nécessaire d’associer deux ou trois établissements de quartiers prioritaires. La réflexion menée avec Augustin Roy et Manon Rivier a conduit à choisir les collèges Camille Claudel et Henri Matisse, où les professeures étaient reconnues pour leur investissement. Claire Ridel et Soazig Kernoa ont accueilli la proposition avec enthousiasme, permettant ainsi de constituer un partenariat solide avec les trois établissements.
Partenaires
Pour le concours d’éloquence, il était essentiel de trouver un lieu fort et symbolique, capable de mettre en valeur des élèves issus de collèges REP ou REP+. Le théâtre municipal de Rouen, L’Étincelle, a accepté d’accueillir l’événement dans la salle de la Chapelle Saint-Louis, située au cœur de Rouen Rive droite. L’équipe technique a mis à disposition des régisseurs lumière et son, offrant aux élèves des conditions dignes de véritables professionnels de l’art oratoire.
Le spectacle
En novembre, les élèves ont assisté à la représentation de la pièce Modeste Proposition, interprétée par Augustin Roy et Manon Rivier. Cette satire, inspirée de Jonathan Swift, aborde la pauvreté et les infox. Dans cette fausse conférence, les acteurs confrontent le public à des propos problématiques ou polémiques : jusqu’où rester passif face à une parole savante ? Comment reconnaître les fake-news ?
Après ce spectacle, les élèves sont mis en activité dans divers ateliers, puis commencent à réfléchir à des sujets de société.
Voir en PJ le document pdf du déroulé des séances annuelles. :
Le choix des textes
Le thème central du projet était la lutte contre les discriminations. Les premiers textes choisis furent de grands discours emblématiques : Martin Luther King, Greta Thunberg, Christiane Taubira, Malala Yousafzai. Ces textes, déjà travaillés lors d’autres ateliers, étaient connus pour leur force et leur capacité à sensibiliser les jeunes. À cette sélection se sont ajoutés les discours de Najat Vallaud-Belkacem sur le harcèlement scolaire et d’Emma Watson sur le féminisme, retenus pour leur construction claire et leur pertinence.
Concernant les plaidoiries, les élèves ont travaillé en groupes, chacun sur une discrimination particulière. Un vote a ensuite permis de retenir les textes à présenter, confirmant les intuitions initiales des comédiens et enseignantes.
Pour les débats, trois thèmes ont été choisis à partir des discussions menées lors des brainstormings en classe. L’objectif était de partir des problématiques vécues par les élèves et de formuler des questions équilibrées. Il fallait :
- Éviter toute formulation tendancieuse (par exemple, sur l’homosexualité, la question n’était pas d’être « pour ou contre », mais de réfléchir au rôle du collège comme lieu possible de coming out).
- Garantir une richesse d’arguments des deux côtés, afin que les élèves puissent défendre une position qu’ils ne découvriraient qu’au moment du concours.
Les prix
Les membres du jury ont pu remettre 6 récompenses :
- Le Grand Prix du Jury : Prix spécial qui englobe tout pour le jury : parfaite utilisation du logos, pathos et ethos ; originalité ; implication... donc, le coup de cœur du jury concernant le groupe ayant été pour eux le plus éloquent.
- Le Prix de l’Ethos : Prix pour le groupe le plus convaincant et le plus à l’aise oralement.
- Le Prix du Pathos : Prix pour le groupe qui aura le plus touché le jury.
- Le Prix du Logos : Prix pour le groupe dont les arguments ont été considérés comme les plus pertinents, les plus convaincant.
- Le prix de la Créativité : Prix pour le groupe qui aura fait ressortir une ou plusieurs originalités : mise en scène particulière, construction dans un texte ...
- Le Prix du Débat : Prix pour récompenser le groupe qui aura selon le jury remporté l’épreuve des débats
L’analyse des enseignantes.
Le projet des Olympiades de la Parole a constitué une expérience marquante pour les élèves de 3ᵉ, en leur offrant un espace de progression personnelle et collective. Dès le départ, les classes ont montré des profils adolescents variés : certains élèves très timides, d’autres peu familiers des pratiques artistiques, et quelques jeunes allophones. Ces fragilités ont parfois freiné la participation, notamment lors des premiers exercices de théâtre où « le passage sous le regard de l’autre s’est révélé difficile pour plusieurs élèves » (Claire Ridel), ou encore lorsque « au moins cinq élèves étaient freinés par leur timidité, refusaient toute participation orale, voire pleuraient lorsqu’on leur adressait la parole » (Soazig Kernoa).
Cependant, ces obstacles ont été progressivement surmontés grâce à l’accompagnement patient des enseignantes et des comédiens. Les ateliers ont permis aux élèves de développer la maîtrise de leur voix, de leur posture et de leur regard, mais aussi d’apprendre à construire un discours clair et argumenté. Les thématiques abordées, comme les questions de société, ont interpellé les élèves : « Le travail sur les discriminations a trouvé un fort écho au quotidien de ces jeunes de milieux et d’origines divers » (Claire Ridel).
Au fil des mois, les progrès ont été visibles : « un élève allophone était mutique en septembre. Il a su prendre sa part dans le projet et parler en français devant le public » (Soazig Kernoa). « Des élèves fragiles à l’oral, notamment trois garçons avec des troubles dys-, ont fait des progrès très importants sur la prise de parole, la mémorisation, la concentration » (Claire Ridel). L’ensemble des classes a appris à coopérer, à écouter et à se soutenir.
Si le projet a enrichi le vocabulaire et renforcé l’argumentation, il a également eu des retombées positives en donnant du sens aux apprentissages. Comme le souligne Soazig Kernoa, « le projet a eu des effets positifs sur le climat scolaire et la relation adultes-élèves. Nous avons constaté une meilleure relation de confiance. »
La présentation finale, fruit d’une année de travail, a été un moment fort : « Nous sommes arrivés, après être passés par des rebondissements et des péripéties de dernière minute, à un groupe heureux et fier de venir présenter le travail d’une année au théâtre de l’Étincelle » (Claire Ridel). Les Olympiades de la Parole ont ainsi permis de révéler des talents, de renforcer la cohésion et de donner à chacun la conviction qu’il pouvait faire entendre sa voix.
Le témoignage d’une élève du collège Henri Matisse.
| Une année entière pour préparer notre projet éloquence ! Nous avons commencé le théâtre en septembre lorsque Augustin et Manon, les comédiens qui nous ont entraînés, nous ont joué une pièce sur les discriminations. Ensuite, nous avons fait des activités théâtrales et notre professeure, Mme Ridel, nous a annoncé qu’on allait passer notre année avec eux. Ils nous ont suivis toute l’année en nous apprenant les bases du théâtre et de l’éloquence : pathos, logos et ethos.
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